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Paru dans le numéro : Printemps 2003

Plus de chlordane en Amérique du Nord

 

Par John Moody

 

Après cinq ans d’efforts collectifs, le Canada, le Mexique et les États-Unis ont mis fin à la production et à l’utilisation du chlordane en Amérique du Nord.

© Eric St-Pierre
Le chlordane est un polluant organique persistant qui a souvent été utilisé comme pesticide.

Le chlordane est un pesticide qui est surtout utilisé pour exterminer les termites. Il s’agit d’une substance polluante qui, une fois rejetée dans l’environnement, peut prendre jusqu’à 20 ans à se dégrader. On pense en outre qu’elle pourrait être un cancérogène dommageable pour le système nerveux et le foie.

Des responsables de l’Environmental Protection Agency (EPA, Agence de protection de l’environnement) des États-Unis et de l’Instituto Nacional de Ecología (INE, Institut national d'écologie) du Mexique ont participé au projet en collaboration avec la CCE.

« Grâce à ce projet, nous pourrons approfondir nos connaissances et les utiliser pour éliminer d’autres substances toxiques potentiellement mortelles, comme le plomb et le lindane, de notre environnement, a déclaré José Carlos Tenorio, gestionnaire du programme de gestion rationnelle des produits chimiques (GRPC) de la CCE. C’est un très bel exemple de coopération régionale. »

En 1995, des représentants des trois pays signataires de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) se sont réunis à Oaxaca, au Mexique, pour « donner la priorité à la gestion et au contrôle des substances persistantes et toxiques qui suscitent des préoccupations communes », selon les termes de la résolution finale. Le programme relatif à la GRPC a été établi dans la foulée de cette réunion – et son volet concernant le chlordane a été confirmé par l’adoption, en 2001, de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants. Dans les années 1950, les trois pays ont commencé à utiliser le chlordane comme pesticide sur les cultures, le gazon et même sur le mobilier; au milieu des années 1970, on a imposé d’importantes restrictions à l’utilisation du produit et, dans les années 1980, il était presque totalement interdit. En 1995, le Canada et les États-Unis ont cessé d’utiliser le chlordane.

Par contre, la production de chlordane s’est poursuivie jusqu’à ce que le dernier producteur américain accepte volontairement de cesser d’en fabriquer, cédant à la pression du gouvernement : ce dernier pouvait difficilement demander à d’autres pays de ne plus produire de chlordane s’il en autorisait toujours la production sur son territoire. Entre 1992 et 1996, le Mexique a importé 212,8 tonnes de chlordane – la totalité provenant des États-Unis.

Une fois la production arrêtée, il fallait déterminer les quantités de chlordane utilisées au Mexique et les usages qu’on en faisait. Des représentants d’organismes canadiens et américains se sont rendus au Mexique pour faire connaître les méthodes les plus efficaces et les moins coûteuses de dépistage du chlordane et de contrôle de son utilisation. Ils ont également expliqué comment ils avaient procédé pour éliminer les utilisations de ce produit et décrit les règlements efficaces à cette fin. Aussi, la CCE a organisé des ateliers de sensibilisation aux dangers du chlordane et aux solutions de rechange à cette substance. Par exemple, pour tuer les termites dans le mobilier, nul besoin de vaporiser des produits chimiques toxiques; on obtiendra des résultats tout aussi efficaces en soumettant le mobilier à une température élevée.

Le seul moyen de s’assurer qu’on n’utilise plus le chlordane est de contrôler la présence de la substance dans le système des animaux. Une diminution à cet égard est une indication positive; si les concentrations de chlordane augmentent ou restent stables, c’est signe qu’il existe un marché noir.

Le programme a eu un autre effet positif en ce qu’il a suscité de l’enthousiasme à l’égard de l’exécution éventuelle d’autres mesures peu coûteuses. Le Mexique a bien reçu quelques subventions versées pour la réalisation d’études, mais comme l’essentiel des activités portait sur le partage des connaissances et de techniques, les questions budgétaires n’ont pas constitué un obstacle et le programme n’était pas tributaire de la volonté politique.

« C’était une affaire de partage. La coopération est efficace », a déclaré Rocío Alatorre, la biologiste qui a rédigé le rapport sur l’utilisation du chlordane au Mexique. Mme Alatorre travaille aujourd’hui au bureau du procureur, section de l’environnement, à Mexico.

Le fait que le Mexique avait déjà commencé à restreindre l’utilisation du chlordane et que, en 1997 l’usage de ce produit avait été limité à la répression des termites en milieu urbain, essentiellement dans les habitations, a également facilité les choses. Ce n’est toutefois que quelques années plus tard qu’on a éliminé complètement l’utilisation du chlordane, grâce à une collaboration pancontinentale. Aujourd’hui, les autorités peuvent dire sans crainte de se tromper que le pays a éliminé toutes les utilisations du chlordane.

Le Mexique a également décidé, de son propre chef, de prendre plusieurs mesures plus globales, illustrant la volonté du gouvernement d’accorder plus d’importance à l’environnement. Ainsi, on a interdit l’importation de produits chimiques qui sont interdits dans le pays qui les fabrique. Ce faisant, le Mexique reconnaissait la nécessité d’agir pour empêcher que des entreprises se tournent vers les marchés d’exportation pour vendre des produits qui sont considérés dangereux dans leur pays.

Pour la première fois, on a réalisé des études sur l’utilisation du chlordane au Mexique, de même que sur les effets de cette substance sur les oiseaux, les poissons et les vers, et ce, grâce à un soutien technique et à une aide financière limitée. Ces animaux sont à un niveau inférieur de la chaîne alimentaire, mais lorsqu’ils sont contaminés, le polluant remonte rapidement la chaîne jusqu’à l’être humain.

Le programme de GRPC a donc aidé le Mexique à s’intéresser à une question qu’il avait négligée dans le passé; en 1998, le Mexique interdisait l’utilisation du chlordane. Pendant les quatre années qui ont suivi, on s’est attaché à déterminer les secteurs dans lesquels on continuait d’utiliser cette substance et à mettre fin à cette utilisation, notamment en effectuant de la surveillance auprès des distributeurs et des présumés acheteurs.

Il faudra maintenant faire le suivi de ces mesures. Le seul moyen de s’assurer qu’on n’utilise plus le chlordane est de contrôler la présence de la substance dans le système des animaux. Une diminution à cet égard est une indication positive; par contre, si les concentrations de chlordane augmentent ou restent stables, c’est signe qu’il existe un marché noir. La Chine et certains pays d’Afrique continuent de produire du chlordane; le faible coût et la facilité d’utilisation du produit peuvent inciter certaines personnes à s’en procurer. Or, jusqu’à maintenant, rien n’indique que ce soit le cas, malgré les rumeurs.

« Nous avons besoin de ressources pour diverses activités, le dosage du chlordane chez les poissons, par exemple — dès maintenant, puis dans quelques années — pour savoir si les concentrations diminuent », a déclaré José Castro de l’INE, l’organisme chargé de la protection de l’environnement au Mexique. Les pressions exercées pour obtenir une collaboration entre les trois pays signataires de l’ALÉNA devraient amener le gouvernement mexicain à délier les cordons de sa bourse.

Mais comme il faut jusqu’à 20 ans pour que la substance se dégrade, la lutte n’est pas encore gagnée.

« Le chlordane n’a pas disparu. Certes, les concentrations détectables vont diminuer, mais il faut poursuivre le travail », a ajouté M. Tenorio.

Les travaux de la CCE au Mexique ont aussi donné des résultats à d’autres égards. Ainsi, on s’intéresse maintenant à d’autres substances. Par exemple, par suite de la signature de l’accord d’Oaxaca, le Mexique a entrepris un programme d’évaluation des concentrations de mercure, une première dans ce pays. Depuis des siècles, ce métal est utilisé dans le secteur de l’exploitation des mines d’argent pour extraire le métal du minerai.

« Sans la collaboration de la Commission, nous n’aurions pu prendre conscience de l’ampleur du problème associé au mercure. Il s’agit d’un problème de santé national et nous l’ignorions », a dit M. Castro. Encouragés par les résultats obtenus, les responsables s’intéressent maintenant à d’autres substances, surtout le lindane et le plomb.

« Il faut suivre l’exemple du chlordane pour éliminer d’autres substances », a conclu M. Castro.

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John Moody
John Moody est rédacteur pigiste à Mexico et ancien rédacteur au Bloomberg News.
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   ISSN 1609-0837
   Créée le : 06/10/2000     Dernière mise à jour : 21/06/2007
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